Le fromage d’Ossau-Iraty vaut-il sa réputation hors de son terroir ?

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L’ossau-iraty refroidi sur ma planche en bois, aux Halles de Pau, m’a paru presque muet. Je suis partie d’un réflexe de maison, un morceau rangé au frigo entre le lait et les restes du dîner, parce que le soir file vite avec mes deux enfants. J’ai appris à me méfier des premières bouchées trop rapides. Je voulais comprendre dans quels cas ce fromage change vraiment, et dans quels cas il déçoit.

Le jour où j’ai compris que le frigo tue l’ossau-iraty

Au départ, je le mangeais en tranches fines, sorti du frigo cinq minutes avant le repas. Avec le rythme de la maison, entre les cartables et la casserole, je ne lui laissais presque aucun temps. J’ai appris que ce genre de fromage pardonne mal l’impatience. À froid, je n’avais qu’une bouche sèche et un sel un peu raide.

Puis j’ai acheté un morceau AOP chez le fromager des Halles de Pau, encore trop froid malgré sa belle coupe. J’ai été frappée par cette pâte compacte, presque fermée, et par une odeur de lait de brebis qui restait au bord du nez sans monter franchement. Le goût tenait en deux gestes, puis s’éteignait. Je me suis sentie bête de l’avoir jugé si vite.

Un midi, je l’ai laissé 1 heure sur le plan de travail, avec la lumière blanche de la cuisine et le bruit du lave-vaisselle. La pâte s’est assouplie, et la première bouchée n’a plus rien eu de raide. La pâte qui se détend doucement hors du froid, c’est là que l’ossau-iraty révèle enfin sa vraie noisette, un parfum que je n’avais jamais senti à froid malgré mes nombreuses dégustations. J’ai été convaincue à ce moment-là, presque malgré moi.

Je me suis retrouvée à le servir trop froid pendant des semaines, alors que le souci n’était pas le fromage. À la maison, on n’a ni le conseil du fromager à portée de main ni la meule qui vient d’être coupée. Dans mon appartement à Pau, j’ai vu que le même morceau ne disait pas la même chose selon la température. Le service compte presque plus que l’étiquette.

Comment le conditionnement et le stockage ont faussé mon jugement plusieurs fois

Je suis partie plusieurs fois avec un paquet sous vide du supermarché, parce que c’était pratique un soir de semaine. J’ai aussi remis un reste dans du film plastique après ouverture, avec un petit morceau coupé trop fin pour aller vite. Résultat, le fromage transpirait et je perdais la matière sous la lame. Pour un dîner pressé, ça tient, pour juger l’ossau-iraty, c’est une erreur.

Sous vide, la croûte prend un côté humide ou carton, l’odeur se ferme, et le goût paraît plat dès la première seconde. Sous vide, l’ossau-iraty perd cette vie dans sa croûte, cette respiration qui fait toute la différence entre un fromage de terroir et un produit standardisé. Je l’ai vu avec un morceau trop jeune comme avec un autre plus sec. Dans les deux cas, je ne retrouvais ni le petit gras ni la longueur nette.

J’ai testé le papier sulfurisé, une boîte hermétique et une simple assiette posée sous une cloche en verre. Le papier sulfurisé m’a donné le meilleur résultat, parce que la croûte gardait son aspect net sans baigner dans l’humidité. La boîte fermée me ramenait cette odeur serrée au bout de 24 heures. Sur l’assiette, le bord séchait trop vite si je l’oubliais près du radiateur.

Un morceau acheté chez un affineur local, à 8 mois, m’a pourtant déçue quand je l’ai laissé au froid trop longtemps. La pâte est devenue sèche et friable, avec une coupe qui cassait au lieu de se détendre. J’ai douté de sa réputation une soirée entière, alors que le problème venait de mon frigo, pas de la meule.

Ce que j’ai appris en testant différentes températures et temps de service

J’ai fait simple. J’ai mis en place un protocole simple avec le même morceau, goûté après 30 minutes, puis après 1 heure, puis aussitôt sorti du frigo, sur la même planche et avec le même couteau. J’ai noté la différence à chaque fois, sans me raconter d’histoire. Au bout de 30 minutes, le fromage changeait déjà ; à 1 heure, tout s’ouvrait.

La texture m’a parlé avant les arômes. À bonne température, la pâte pressée non cuite devient souple, presque satinée, puis elle fond sans s’écraser. Trop froide, elle casse net et garde un côté compact, comme si elle refusait la lame. J’ai fini par comprendre que la souplesse n’enlève rien au caractère, elle le laisse juste apparaître.

La pâte qui se détend doucement hors du froid, c’est là que l’ossau-iraty révèle enfin sa vraie noisette, un parfum que je n’avais jamais senti à froid malgré mes nombreuses dégustations. La noisette monte, le lait de brebis devient net, et la finale reste plus propre. Avec une confiture de cerises noires, j’ai trouvé le trait encore plus lisible. Avec un verre de Jurançon sec, le fromage gardait son relief.

Sur les meules plus avancées, les petits grains de tyrosine apparaissent. Je les ai pris d’abord pour une poussière un peu bizarre, puis j’ai compris que c’était le signe d’un affinage avancé, autour de 12 mois, avec une croûte naturelle beige à brun clair. Quand ces grains sont là, le fromage gagne en tenue, mais il demande une main plus douce au couteau. Coupé trop fin, il paraît plus sec qu’il ne l’est.

Pour qui l’ossau-iraty tient vraiment la route (et pour qui non)

Pour moi, l’ossau-iraty convient surtout à un couple qui termine un plateau en 20 minutes, à une famille de 4 personnes qui accepte 1 heure de repos, et à quelqu’un qui achète un morceau à la coupe autour de 350 grammes plutôt qu’un paquet sous vide. Il parle bien à ceux qui aiment comparer une tranche sortie du frigo et la même posée à température ambiante. J’y ajoute les curieux qui aiment un fromage de brebis plus doux qu’un pecorino, moins salé qu’un manchego jeune.

Je le déconseille à la personne qui le coupe en lamelles de 2 millimètres, le mange direct du frigo et veut décider en 15 secondes. Le sous vide lui donnera une croûte qui sent le confinement, et un affinage trop jeune lui laissera juste une pâte élastique. Je ne le conseille pas non plus à la personne qui cherche un fromage de tous les jours sans accepter un minimum de service.

À la place, je vais vers un manchego jeune, un pecorino doux ou un brebis local plus souple quand je veux un plateau simple en semaine. Ce n’est pas la même famille de goût, mais ça évite la déception du morceau mal choisi. Quand je veux le vrai relief, je reviens à l’Ossau-Iraty, mais seulement à condition de le servir correctement.

Mon verdict : pour qui oui, pour qui non

Après plusieurs mois de dégustations à Pau, je suis devenue plus attentive à un détail que je négligeais avant, la façon de servir. J’ai appris que le bon morceau ne raconte pas la même chose selon la coupe, le froid et l’attente sur le plan de travail. Je ne cherche plus à impressionner avec une meule, je cherche juste la bonne respiration dans la croûte. Et là, l’ossau-iraty gagne beaucoup.

<strong>POUR QUI OUI</strong> : pour le couple sans enfant qui veut un plateau net avec du pain de campagne, pour la famille de 4 qui accepte 1 heure de repos avant le repas, et pour le lecteur qui achète 300 à 400 grammes à la coupe chez un fromager comme aux Halles de Pau. Je le garde aussi pour celui qui aime les fromages de brebis qui restent doux, avec une pointe de noisette et une bouche tenue.

<strong>POUR QUI NON</strong> : pour la personne qui ouvre le frigo et mange dans la minute, pour celle qui choisit le sous vide par réflexe, et pour celui qui coupe trop fin parce qu’il veut aller vite. Mon verdict : oui à l’ossau-iraty quand je prends le temps de le choisir, de le sortir 30 minutes puis de le laisser parler, non quand je le traite comme un fromage anonyme. Aux Halles de Pau, c’est ce simple geste qui fait la différence, et je ne reviens plus en arrière.

Avatar de Océane Brugière
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