Négligé les horaires du funiculaire de Pau, la montée à pied m’a coûté l’aube

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Le Funiculaire de Pau a glissé devant moi, et ma valise a heurté le rebord humide du quai. J’arrivais du bas de la ville après une longue marche. La veste entrouverte, le quai sentait la pierre froide. J’étais partie trop tard pour le lever du jour, et j’ai regardé la cabine repartir sans moi. J’ai été frappée par un détail très bête: j’allais perdre 47 minutes de lumière parce que je n’avais pas lu l’affichage des heures.

Je pensais que la montée à pied serait une simple promenade tranquille

Je venais pour une matinée déjà serrée, avec un carnet dans le sac et l’envie de voir l’aube sur le boulevard des Pyrénées. Je suis partie du bas avec une confiance un peu naïve. Je voulais aussi ramener ce moment pour mes deux enfants. Le petit-déjeuner pouvait attendre, pensais-je. L’air était vif, et le sac tapait contre ma cuisse à chaque pas.

Je suis partie sans vérifier les horaires du funiculaire, en me disant que ça passerait. J’étais sûre de moi, parce que la pente, vue d’en bas, ressemble à un passage simple. Je suis arrivée devant la cabine vide, et ce détail m’a coupé les jambes avant même la montée. Le vrai piège, c’est ce calcul intérieur qui dit qu’on a encore deux minutes, puis trois. Depuis le bas, j’avais déjà vu cette pente plusieurs fois, et je l’avais rangée du côté des choses faciles.

Au bout de 11 minutes, mes mollets ont commencé à tirer avant même que j’aie le sentiment d’avancer. Je me suis retrouvée à respirer trop vite, avec les épaules hautes et la nuque raide. La côte ne pardonnait pas mon excès de confiance. Je me suis sentie franchement bête de monter comme si c’était un trottoir un peu long. Le souffle faisait un bruit de travers, presque agaçant, et le rythme s’est cassé plus vite que je ne l’attendais.

Depuis le bas, la pente semble courte. À pied, elle mange les jambes. Dans la cabine, le silence a quelque chose de net, presque propre, alors que mes pas sur le chemin faisaient un bruit lourd, sec, répété. Le dénivelé se sent dans chaque appui, et j’avais l’impression de faire du surplace alors que le sommet approchait. La main sur la rampe, j’entendais mon souffle prendre le dessus, et ce contraste m’a accompagnée jusqu’au sommet.

La montée à pied m’a coûté bien plus que du temps

Quand je suis arrivée en haut, l’aube avait déjà basculé vers une lumière pâle. J’ai perdu 47 minutes de ciel net pour une idée mal préparée. La frustration m’est montée d’un coup. J’avais déjà raté le meilleur bleu du ciel. La rive du ciel avait déjà changé de teinte, et ce que j’espérais voir au calme m’a échappé pendant que je soufflais encore.

Mes mollets ont gardé la note pendant plusieurs heures. Le reste de la matinée a pris une couleur un peu terne, presque sale. Une tasse de café n’a rien réparé, pas même mon humeur. Cette fatigue de jambes rend tout plus lent, même marcher jusqu’à une terrasse. Je me suis sentie lourdement punie pour une erreur qui n’avait rien d’héroïque.

Je n’ai pas pris les photos que j’avais en tête, ni le silence bleu de l’instant. Quand on vit à Pau avec deux enfants, on sait ce que vaut une petite heure tranquille. Là, j’ai raté ce cadeau-là, et mon humeur a tourné au vinaigre plus vite que prévu. Mes deux enfants m’auraient trouvée bien peu patiente.

À mi-montée, j’ai levé la montre à 7 h 18. J’ai senti une petite sueur froide me gagner. Je savais déjà que je courais après la lumière au lieu de la regarder arriver. Cette seconde-là a été la plus mauvaise, parce que je n’étais plus dans la balade. J’étais seulement dans le retard.

Ce que j’aurais dû faire avant de partir et ce que je sais maintenant

J’ai appris à me méfier des images trop propres. Celle-ci m’a piégée. Le papier, lui, me pardonne mal les angles morts. J’avais gardé dans la tête une montée courte, presque anodine, sans regarder l’affichage des heures au départ. C’est l’erreur classique, la plus banale, et celle qui coûte le plus en nerfs.

  • l’affichage des heures à la station, que je n’ai pas pris le temps de lire
  • le regard qui suit la pente et garde un petit doute, même quand on fait semblant de l’ignorer
  • la cabine vide devant moi, alors que j’espérais un passage immédiat

Le trajet en cabine prend quelques minutes. La montée à pied, elle, m’a pris une bonne dizaine de minutes. J’ai fini par revoir les horaires sur le site de la ville de Pau. J’ai regardé aussi la page de l’Office de tourisme de Pau. J’ai regretté de ne pas l’avoir fait avant de partir.

Ce détour m’a rappelé qu’un horaire mal lu pèse plus qu’un sac trop lourd. Pour une famille, pour quelqu’un qui a un rendez-vous, ou pour une matinée serrée, cette vérification change le départ. Sans elle, le funiculaire devient un décor que l’on regarde de loin. Gratuit ne veut pas dire anodin. Puis la côte se paie en souffle.

Ce que je retiens de cette montée ratée et ce que je ferai différemment

J’ai retenu de cette matinée que la pente n’a rien d’un détail. J’avais voulu aller vite, c’est tout. Le chemin paraissait court, mais il m’a rappelé qu’une marche de 11 minutes peut peser comme un mauvais départ. J’avais sous-estimé l’effort. J’ai payé cette légèreté avec une fatigue qui m’a suivie longtemps.

J’aurais aimé qu’on me dise, très simplement, que la montée n’est pas une promenade. Ce matin-là, j’ai vu le temps filer entre le bas de la ville et le sommet. J’ai compris que l’aube ne m’attend pas quand je traîne sur un horaire. Le funiculaire est un raccourci gratuit et rapide seulement quand on tombe juste. Le regret venait moins du trajet que de mon aveuglement.

J’aurais dû partir avec une marge de 25 minutes. J’aurais dû accepter le plan B dès le départ. J’aurais dû ne pas compter sur une cabine qui ne me devait rien. Avec mes deux enfants, je n’avais aucune envie de leur gâcher ce moment. Si j’avais su, j’aurais gardé ces 25 minutes au lieu de les perdre.

Pour quelqu’un qui accepte de marcher et qui a du temps devant soi, la montée reste tenable. Pour une matinée serrée, je ne l’aborderais pas à la légère. Dans ce cas-là, j’aurais simplement vérifié l’horaire, préparé l’itinéraire et accepté que le funiculaire soit peut-être le meilleur choix. Moi, je garde surtout en tête la gare vide et le bruit sec de mes pas. Ce matin de 47 minutes gâchées devant le Funiculaire de Pau et le boulevard des Pyrénées m’a laissée plus dure envers mes propres présomptions.

Avatar de Océane Brugière
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